Dans la forêt de David Tudor (4)

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Renko Dempster a dit que David Tudor lui avait une fois confié que s’il n’avait pas déjà été continuellement en train d’entrelacer ses câbles, il aurait voulu être tisserand, comme elle… L’électronique transforme tout dispositif sonore en un fouillis de fils de telle sorte que l’on ne distingue plus précisément les sorties des entrées ; au cours de la performance une entrée peut devenir une sortie et vice-versa. Les sons naissent à n’importe quel point de la chaîne. Le monde dont nous faisons l’expérience est véritablement continuellement, interminablement, en train de venir à l’être autour de nous à mesure que nous tissons, écrit Tim Ingold.

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Dans la forêt de David Tudor (4)

Thierry Madiot, Thomas Tilly, Ollivier Coupille
Le 22 avril 2017 de 18h à 22h au LULL

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« Dans la Forêt de David Tudor » est une oeuvre réalisée en collaboration avec Thierry Madiot, et Thomas Tilly (et Boris Allenou pour les deux premières performances). Chacun des musiciens qui participe à ce projet élabore indépendamment son propre matériel sonore dans un espace ouvert par les objets résonants. Certains sont suspendus, d’autres simplement posés au sol ; ils sont mis en vibration par des transducteurs*, qui sont des sortes de haut-parleurs « vibreurs » directement fixés aux objets — des plaques de métal, de bois, des tuyaux, des ressorts, des récipients divers…

On peut utiliser des enregistrements, des générateurs électroniques, et d’autres sources encore pour mettre les objets en vibration. On peut parfois entendre directement les objets résonner, mais leurs vibrations sont généralement captées par des micros de contact (la plupart du temps des disques piezo), qui sont aussi fixés directement sur les objets et reliés à un système d’amplification plus conventionnel. Les sons sont « passés » à travers les objets (ils ne sont pas directement transmis à l’air par les haut-parleurs).

On n’écoute pas seulement avec ses oreilles, il y a quelque chose comme une exploration de la matière au moyen des sons — une forme d’écho-location —, nous sommes à l’écoute des choses qui nous écoutent. Nous nous réfléchissons les unes les autres de telle sorte qu’il n’y a plus ni choses ni quelqu’un qui écoute. Il n’y a plus que des remous dans le courant (avec parfois des îlots éphémères).

La performance dure plusieurs heures et les auditeurs ne sont pas censés rester du début à la fin. Ils peuvent aller et venir. Ils peuvent se déplacer — eux-mêmes fluer — à l’intérieur d’un champ sonore dont les limites ne sont pas clairement définies et qui n’a ni centre ni but.

Cette pièce trouve bien évidemment son origine dans l’oeuvre fameuse de Tudor, Rainforest (1968).

* La transduction renvoie à la conversion des signaux sonores d’un médium à un autre.

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